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jeudi 26 novembre 2015

La clinique de Monclar...

La clinique de Monclar...

22 septembre 2014, 01:02
... Texte du 23 août 2014...

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Ce lieu se trouvait à Monclar, Avignon. Il y a un demi siècle, j'y ai été soignée durant trois ou quatre semaines pour des brûlures très graves. Normalement, j'aurais dû mourir. Quand on a 26 mois, le corps ébouillanté et la fièvre qui en résulte ne pardonne pas, en général,  la survie nécessite très souvent des greffes de peau. J'ai vu de nombreuses émissions de télévision sur les grands brûlés.  La peau ne se remet pas aisément de telles souffrances.  Heureusement,  j'étais un bébé très gros pour ne pas dire obèse, ma graisse, qui habituellement causait des soucis de coupures et de suintement aux articulations,  m'a certainement protégée.
J'aurais dû avoir de graves séquelles et je n'en ai pas, ma nuque a été ébouillantée et je n'ai aucune séquelle alors que le cervelet n'est pas très éloigné, mon dos et mes lombaires ont été ébouillanté et mes poumons et mes reins n'ont rien eu.  Les pâtes  cuites et l'eau salées ont pénétré ma chair et je n'ai aucune cicatrice.
J'avais eu un patient à l'hôpital de Draguignan (quand je faisais mes stages de psycho) qui avait eu sa jambe ébouillantée quand il était enfant,  au même âge que moi à l'époque, et qui avait eu de grosses cicatrices et des greffes de peau. Une cuisse est elle plus fragile qu'un dos ?                         

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Depuis 50 ans, je me demande qui était ce mystérieux médecin venu de Lyon qui a proposé une méthode expérimentale faite de saupoudrage sur mon dos (quelle poudre, à base de quoi ?), d'écorchage (de peau) et de lumière infrarouge. (???)
Cela fait 50 ans que je me demande dans le vacarme silencieux de mes pensées où se trouve cette clinique avec juste cette réponse, c'était à Monclar.
Monclar, m'a toujours fascinée depuis toujours, depuis mes premiers souvenirs conscients, Monclar sonne à mes oreilles. Dès que j'ai su m'exprimer, je conjuguais Monclar, je déclinais Monclar. "Mon clar, Ton clar, Son clar..." "Maman on va à Ton clar ? "  Régulièrement je demandais  à maman, "mais où à Monclar ?" " à l'avenue Monclar,  mais c'est fini c'est plus une clinique, ils ont fait un centre médical" Pourquoi, ne suis-je jamais retournée à Monclar pour aller la voir cette ancienne clinique ? Comme une peur viscérale de découvrir quelque chose que je ne devrais pas savoir. "Mais où à l'avenue Monclar ? "   "C'est près de Jules Ferry, mais il n'y a plus de clinique, elle a été fermée"                                               

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Cela fait 50 ans que je me posais cette question, "Qui m'a sauvé la vie ?" . Question lancinante dans ma tête que je ne pose pourtant jamais. Ou quelque fois à Maman depuis  4 ou 5 ans de manière très espacée. Depuis que je suis revenue ici, ici, pas trop loin de Monclar.Aux alentours de Noël 2013, je repère une annonce de maison, qui me plait parce que le jardin a un catalpa, que j'adore les catalpas, elle m'appelle parce que le carrelage est le même que celui que j'avais personnellement choisi dans ma maison de Callian, elle m'appelle parce que j'avais dit une fois à Alex que je voudrais bien un jardin bétonné avec des parterres de fleurs sur les cotés pour qu'il reste toujours net et qu'il soit facile d'entretien, elle m'appelle parce que j'ai l'impression que cette maison est pour moi.                                                 

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Malheureusement,  l'annonce a disparue, la maison a certainement été vendue.Jusqu'au mois dernier où je tombe sur une annonce de maison, cette annonce qui m'appelait, la maison est à nouveau sur le marché. Cette maison de plain-pied m'attend, c'est sûr, plus que je ne l'attend.  Mais pourquoi ?Je crois que cette maison m'attend,  c'est certain... En plus,  elle a un grand portail de fer, et je trouve ça joli, ce grand portail, elle a une grande terrasse ombragée avec un bel auvent et c'est ce que je veux.  Et allant visiter cette maison, qui en plus, possède une buanderie dans un local fermé et attenant avec une cour fermée,   des grilles en fer forgé aux fenêtres et dispose d'énormes murs de près de cinquante centimètres d'épaisseur, je m'imagine bien assise sur le rebord de la fenêtre, dans la luminosité, et appuyée contre la grille à lire, tranquille...                                               

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J'explique à Maman la situation géographique et elle se trouve juste à coté de cette ancienne clinique. La maison ne s'est pas vendue, les gens qui désiraient l'acquérir n'ont pas eu l'accord de prêt. Moi, je n 'ai pas le montant pour l'acheter, mais la maison ne se vend pas, les propriétaires actuels ne veulent pas baisser le prix, pas pour le moment et j'attends... si elle m'attend, elle m'attendra...Du coup, je suis retournée avec Maman, et elle m'a montré la clinique, depuis... Aujourd'hui, c'est un groupement de cabinets médicaux.  Mais je reste sur ma faim, je n'ai toujours pas le nom du médecin qui m'a soigné ni le protocole employé pour me sauver.Comment ne pas avoir de trace de cette époque, pas de carnet de santé, cela n’existait pas...        
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Par la suite, quand j'ai grandi, mon dos "recrachait de la poudre blanche" très régulièrement et pendant très longtemps, je me rappelle que lorsque j'allais à la gymnastique de 6 à 14 ans,  et que lorsque je retirais mon justaucorps après les entraînements, le tissu en contact avec mon dos entre les omoplates était couvert d'une sorte de talc. Non, pas des pellicules de peau comme le tissu nylon a tendance à provoquer quelquefois, pas de la desquamation. Non de la poudre, fine et légère. Je n'ai rien dit, je secouais mon justaucorps et voila, juste que ça me trottait dans la tête. Moi, qui pensais toujours que j'étais différente des autres, je n'allais pas le dire, surtout que je ne parlais pas beaucoup... Chaque 20 août depuis que j'ai été brûlée,  la peau du "verso" (ça se dit, ça ???) de mes oreilles forment des petites kératinisations pendant cette semaine, un rappel psychosomatique, je desquame derrière mes oreilles et près de la nuque pour me rappeler que je suis vivante parce que je ne ne suis pas morte.                                       

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Les gens, en général, sont en vie parce qu'ils sont nés le jour de leur naissance. Pas moi... Je suis née, puis je suis morte psychiquement le 20 août 1964, sanglée, meurtrie et pelée comme un oignon dans la lumière blafarde de Monclar. Tellement longtemps, attachée sur le ventre, qu'une fois le traitement des brûlures achevées, il a fallu soigner la peau de mon ventre trop longtemps resté en contact avec  l'alèse du matelas du petit lit à barreaux. Je suis en vie parce que je ne suis pas morte physiquement le 20 août 1964. Et après,  si je suis tellement solitaire et différente, je ne le dois qu'a ce que je suis, une revenante. Un esprit mort dans un corps vivant...  C'est avec cet esprit que je compose chaque jour pour qu'il rende hommage au corps qu'il possède...                                              

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J'adore écrire et maintenant que la technologie le permet, je peux m'exprimer en dehors de platitudes de la vie qui font que chacun  pense connaître l'autre parce qu'il aura partagé un petit déjeuner  durant des années avec autrui, en l’occurrence ici, moi. Qui peut dire qu'il me connait ? Je n'ai pas la prétention de connaître ma famille proche parce que l'intime des pensées ne peut jamais être percé, chacun dit ce qu'il a envie de dire, montre à voir ce qu'il pense être montrable et s'encombre de convenances dont moi, je n'ai rien à faire. Je suis froide ? Non réaliste. Je ne pense pas être aimée en général lorsque les gens me rencontrent physiquement au premier abord. J'ai même la sensation très étrange de "saouler" mon monde parce que je vais toujours dire un truc qui fait "plof" comme un cheveu dans la soupe. J'ai du mal à interpréter vraiment ce que les autres pensent de moi. D'une part quand je lance une blague que j'ai inventée mais que personne ne comprend, d'autre part quand je raconte une blague existante dont la chute  est nulle qui ne fait pas "plof" mais "flop"... La même avec les convivialités apparentées enfin les réunions familiales, (je laisse, je ne corrige pas, ça m'est venu comme ça, convivialités apparentées, c'est drôle) où je me sens mal à l'aise parce que moi j'ai tout foiré sauf mes enfants. Ce n'est pas de ma faute si je n'ai jamais su tomber amoureuse et que j'ai eu du mal à vivre en couple... N'empêche que.... On me taxe de "dépressive" ensuite... Pas du tout, ce n'est pas parce que je ne rigole pas que je suis triste, ce n'est pas parce que je pleure que je suis malheureuse, ce n'est pas parce que je crie que je suis en colère, ce n'est pas parce que je suis en colère contre toi que je ne t'aime pas, ce n'est pas parce que je t'aime que je vais te demander des nouvelles, si juste à mes enfants...                                                

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La dureté que j'ai en moi  et pour moi-même est profondément ancrée dans mes pensées, et celle que je suis réellement est celle qui actionne en ce moment les touches plastiques de ce clavier. Je ne suis pas celle faite de chair et de sang qui sort de chez elle pour faire les courses, dire bonjour aux gens par politesse, faire la queue dans les magasins et sourire,  après avoir appris le BRASMA à la Poste  (Bonjour, Regard, Accueil, Sourire, Merci, Au revoir) parce que je préférais avoir affaire avec les machines automatiques qu'aux humains... Je suis pourtant cette fille, constituée de chair et de sang pour les gens qui me côtoient et m'appelle "Corinne" mais moi je suis "Coryne", ce n'est pas grand chose ce changement d'orthographe pour vous, c'est une lubie. Vous ne pouvez pas savoir que le changement de prénom est une réappropriation de ma vie, j'ai changé à 25 ans parce que pour moi 25 ans était la vieillesse. Que pouvais-je faire encore ? Me mettre à peindre et m'appeler Coryne avec un Y, debout les bras levés en signe de victoire (Y), laissant tomber la haine (N) que j'avais en moi.  Je voulais choisir ZYB12 mais ce nom sonnait un peu robot... Ce n'est pas une blague, du coup, mon premier téléphone portable a été gratifié d'un "bonjour ZYB12" à l'allumage...                                               

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Je suis une fille compliquée, tellement compliquée que j'ai saboté tous mes mariages, même si officiellement il n'y en a eu qu'un seul, je ne sais pas partager avec  concession, les couples demandent des concessions. Je n'aime pas en faire. Je n'aime pas que les autres en fassent pour moi. Je ne suis pas une fille de concession. Je ne suis pas une fille de convenance... Je suis très inconvenante et je fais et dis des choses dont je n'ai aucune honte puisque je suis sincère dans ce que je je fais et dis, je ne regrette jamais même si pour d'autres personnes ce serait "La Honte"...Je digresse  mais digression et moi ne font qu'un ...                                               

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Donc, si depuis 50 ans, je me demande pourquoi nous vivons tous sur cette Terre, c'est grâce au médecin inconnu qui a fait de moi une extra terrestre...  me permettant d'observer ce monde avec un détachement intéressé, oxymore pour le coup qui me représente d'une manière très concrète...                                                

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"Qui es-tu médecin de la clinique Monclar ? Es-tu encore en vie ? Qui es-tu ? Toi qui m'as sauvée !"

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