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jeudi 26 novembre 2015

Lille, première journée, 27 novembre 2008 ...

Lille, première journée, 27 novembre 2008 ...

25 février 2014, 00:45

Nous sommes le 27 novembre 2008 et je débarque à Lille. Non, ce n’est pas pour goûter à l’aventure des Ch’tis mise à la mode par Dany Boon l’année dernière. Je viens faire une année universitaire d’études en criminologie. Cool…
Sortie de la gare de Lille Flandres, après une correspondance par Paris Gare d’Austerlitz -Gare du Nord, il pleut. Une pluie si fine qu’elle semble ne même pas mouiller mon grand manteau de laine noire ni ma casquette de laine elle aussi. Une pluie fine comme il n’en existe pas chez moi sur la Côte d’Azur. Je dis « Chez moi » mais ce n’est pas chez moi. Je n’ai jamais été chez moi, en fait. Je me sens un peu posée là où le vent m’a poussée parce que je suis bien partout ou je ne suis bien nulle part, peut-être. En attendant, je suis bien, là, sous cette pluie imperceptible. Je suis arrivée bien en avance. La présentation du DU, le diplôme d’université de Lille 3, n’aura lieu que cette après-midi.
En bonne organisatrice ou plus certainement en bonne autiste que je suis, non, je plaisante, c’est une copine d’université qui a trouvé que je fonctionnais comme une Asperger… Dès fois, je me pose des questions… Je suis solitaire, spéciale, curieuse mais je suis sociable, je crois, enfin… Il ne me semble pas que je n’aie qu’un sujet de prédilection ni que j’aie des difficultés d’interaction avec les autres… Enfin quand c’est moi qui interagit… Peut-être ? Cependant, il est indéniable que j’ai du mal à cerner et à interpréter mes émotions. Je me sens parfois débordée par des sensations que je ne peux exprimer. J’ai tout prévu depuis que je dois faire mes études dans cette ville. Je n’aime pas la nouveauté, je n’aime pas les surprises, je n’aime pas les fêtes et pas les cadeaux non plus, cela me déstabilise parce que je ne sais pas comment réagir pendant quelques minutes. Quelques ! Je me rassure… Si, si, c’est vrai, cinq minutes après mon cerveau a tout retourné à fond, et hop, petite lumière, comme le copain Filament de Géo Trouvetou ! J’ai une solution quasi instantanée ! Alors pourquoi je planifie ainsi ? J’ai acheté mes tickets de métro parisiens sur Paris pendant la correspondance, même s’il m’en restait de l’année dernière… et… j’ai pris le plan de Paris, un neuf !. Puis arrivée à Lille, j’ai acheté mes tickets de métro lillois dès la descente du train… et… j’ai pris un plan des stations de métro et de tramway. Pas de plan de Lille ! Je verrais plus tard.

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Avant de partir, j’ai étudié mes déplacements, j’ai imprimé mon itinéraire minuté à pieds de la gare à l’université, de l’université à la gare. J’ai même prévu pour la semaine prochaine, les itinéraires de la gare à l’université et de l’université à l’hôtel et vice-versa. L’endroit où je mangerai, le resto U, la localisation de celui-ci pour acheter ma carte de CROUS. Rien n’est laissé au hasard. Bizarre ? Vous avez dit bizarre ? Non, ce n’est que moi, je suis comme ça et pourtant pas stressée parce que je sais où je vais. En plus, pour la majorité des gens, planifier c’est long, c’est fastidieux. Après, ils s’étonnent de se paumer dans une nouvelle ville et de chercher pendant de longs quarts d’heure leur chemin ! Pour moi, quelques clics de souris, Miaou… sur mon ordinateur, et je trouve. Je perds quelques minutes avant pour gagner des heures après. La devise que je répète sans cesse à mes enfants, c’est : « Pour aller vite, il faut aller doucement… » dans l’incompréhension générale, parce que paraît-il que cela est très contradictoire. Mais non, je vous assure que ça marche.
Par exemple, depuis que je fais mes études de psychologie par correspondance, j’ai réussi à étudier tous mes livres et à faire tous mes examens sans jamais redoubler. Parce que je prenais le temps, lorsque je recevais mon colis contenant près de dix kilogrammes de livres et de documentation pour l’année, de consulter toute la doc et de pointer un par un les éléments que j’avais reçu. Le guide de l’étudiant sous les yeux, je cochais les matières et je faisais concorder les numéros d’EC (éléments constitutifs) avec les chapitres du livre. Presqu’une après-midi pour faire le planning, la confection des marques-pages découpés à l’identique au millimètre-près dans des chemises cartonnées de couleur orange-vif, stylo feutre noir pour les titres, et après tranquille ! Je savais quelles pages étudier pour chaque matière. Les pages du livre bien séparées par ces marques-pages de couleur portant le nom de la matière. Ensuite, boulot de titan en apparence, lecture entière des livres sans m’arrêter sur les passages que je ne comprends pas, deux pavés de plus de sept cents pages chacun. Ce n’est qu’une première lecture qui me prendra une quinzaine de jours. Ensuite deuxième lecture, plus approfondie et pendant laquelle je recherche les éléments que je ne comprends pas dans d’autres livres, sur Internet, dans des dictionnaires… Et là, j’ai déjà pratiquement assimilé mon année universitaire. Il ne me reste plus qu’à faire les devoirs et exercices demandés, alors que d’autres en sont à peine à se poser les premières questions, s’ils s’en posent, parce que certains en arrivent à ne se poser aucune question jusqu’au jour de l’examen et là ils se demandent pourquoi ils n’ont pas compris… Ils souffrent du syndrome du unk-unk, unknown-unknown, ils ne savaient pas qu’ils ne savaient pas. Donc, pour moi, jamais d’excès dans ce que je crois savoir, je vérifie que je sais bien ce que je sais et je me pose des questions sur de choses simples. Du coup, c’est ce genre de pensées qui m’a empêché de poser des questions en classe lorsque j’étais enfant, parce que je pensais que mes questions n’avaient aucun intérêt puisque toute la classe semblait ne se poser aucune question. Alors comment imaginer simplement que je puisse ne pas savoir ce que tout le monde sait, cela me paraissait non pas inconcevable mais certainement diminuait très fortement ma confiance en moi… Alors, dans le doute de ne pas être à la hauteur de ce que je pensais de moi, avec cette volonté que, moi, je pouvais trouver des réponses simples aux questions que les autres n’avaient même pas supposées, bla, bla, bla, je n’ai jamais demandé de l’aide pour trouver des réponses, je me suis toujours débrouillée toute seule pour approfondir ce que je croyais ne pas savoir. L’essentiel est de savoir que l’on ne sait jamais rien ! C’est comme ça ! De longues heures à la bibliothèque depuis la primaire jusqu’à la fin du collège, lecture des BT (petits fascicules de la Bibliothèque de Travail) sur tous les domaines, des insectes aux mammouths, des particules au système solaire, de l’eau à l’électricité, des découvertes scientifiques à la confection d’une crêpe... Lecture de « Tout l’Univers », l’encyclopédie pour les jeunes avec plein d’images et des sujets variés… Je n’étais que curieuse, avide de tout, mais trop timide pour demander quoi que ce soit à quiconque, trop fière également pour oser avouer que je me posai des questions. Ces quelques lignes de pensées circulaires donnent parfois le tournis, n’est-ce pas ?

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Pour en revenir à mes études de psychologie, des copines me demandaient combien d’heures par jour je consacrais à mes cours et, très honnêtement je répondais que ça pouvait varier de une heure à trois heures par jour mais jamais plus, et seulement quand mes enfants étaient à l’école. Parce qu’une fois les enfants rentrés, ils n’ont pas à avoir une maman qui fait ses devoirs au lieu de jouer avec eux, de prendre le goûter et les tartines grillées… Je suis une super maman, sans blague ! Je sais que la modestie n’est pas ma qualité première. Ce que je veux dire c’est que je n’ai ni à me sentir modeste ni à le faire croire. Pas de fausse modestie chez moi, je me rappelle combien un 15 sur 20 en maths me rendait triste avec cette effroyable sensation d’être vraiment nulle de n’avoir pas bien répondu, alors que certains sautaient de joie pour un 8 ou un 9 difficilement acquis, d’autant plus que j’avais eu la meilleure note de la classe avec ce maudit 15 ! Bien sûr, j’ai eu des mauvaises notes, beaucoup de mauvaises notes. En français notamment, parce que je faisais beaucoup de fautes d’inattention, oubliant un s, oubliant les accents, oubliant les barres des t, mettant les points sur les i à deux ou trois lettres du i, etc. J'ai même eu  des lignes d'écriture  comme en primaire alors que j'étais en 6ème. Mademoiselle Roux, mon professeur de français n'arrivait pas à lire mon charabia : "Mon agneau, je lis o-l-e  et pas d-e, apprenez à faire les d, un rond et une barre collée ! Vous écrirez dix lignes de "de" pour demain..."  Des mauvaises notes également en histoire mais ça, c’est quand la partie de l’histoire ne me plaisait pas, je n’aime pas retenir ce que je n’aime pas. Alors certains rois et reines ainsi que les guerres des siècles précédents, les acquisitions de terres et de domaines, ça ne rentrera jamais. Je n’ai jamais apprécié de faire du « par cœur » comme beaucoup pour avoir de bonnes notes. Je préfère avoir un 15 en vomissant ma propre bouillie plutôt qu’un 19 ou un 20 en recrachant celle d’un autre. Compliquée la fille ? Pas du tout ! Je n’ai jamais été une suiveuse, je n’ai jamais été non plus une chef de classe, une meneuse, un leader, même si j’ai été la meilleure de la classe très souvent. Je crois que toute ma scolarité s’est déroulée dans la pure transparence, dans le sens où je suis souvent passée inaperçue dans mes différentes classes, la transparence fantomatique de celle qui est complètement effacée pendant les cours et qui n’embête personne, celle dont les autres de la classe ne se moquent même pas puisqu’elle est invisible. Même le fait d’avoir été souvent la première n’a pas réussi à faire de moi une élève que l’on aime fréquenter… D’autant plus que le fourmi n’est pas prêteuse et c’est là son moindre défaut. Je veux dire que je n’ai jamais aimé prêter attention aux autres élèves qui sachant que je répondais bien, me demandaient les réponses pendant les interrogations écrites. Une fois, je me rappelle avoir donné un brouillon parce que j’étais excédée d’entendre Sciacca, file moi ton brouillon. Elle, elle l’a eu mon brouillon, elle n’a plus jamais demandé. Parce qu’en réalité, à quoi sert le brouillon ? Et bien simplement à marquer des idées, des pistes de réflexion, pas plus ! Et surtout que celui que j’avais donné était un brouillon de maths et en maths à quoi me servait mon brouillon ? Et bien à marquer des résultats faux ! Parce qu’une fois le bon résultat trouvé je rayais mon brouillon et j’écrivais sur ma feuille bien au propre la solution… Et toc !

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Après cette digression nécessaire, je suis à Lille pour la criminologie. Diplôme que je prépare pour compléter ma formation de psychologue. Tout ça parce que l’année dernière malgré ma mention « Bien » à mon diplôme de Master 1 et ma mention « Très Bien » à mon mémoire sur « Les liens entre perception des environnements et alcoolodépendance », ma candidature n’a pas été retenue pour le Master 2… J’ai pleuré une journée et hop ! J’ai rebondi !

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J’ai tout de suite été surprise par la beauté de Lille. A peine sortie de la gare, j’ai eu l’impression de respirer. Quand je pense tout le flan qu’on fait sur Cannes, son festival, ses plages, c’est surfait. La gare de Cannes s’ouvre sur un parking très moche, suivi d’une petite rue avec juste en face un sex-shop et des magasins minables longés par des touts petits trottoirs, la plupart du temps maculés de crottes de chien. La chaleur qui fait exhaler les mauvaises odeurs, d’essence, de pollution et d’excréments canins. Pour respirer l’odeur iodée de la mer, il faut y mettre le nez dedans, et encore ça sent l’ambre solaire et le monoï, le parfum des fausses blondes et des mémères re-tirées. Non pas retirées de la vie comme des retraitées, re-tirées comme tirées une deuxième fois, liftée en pagaille dans leurs petits tailleurs avec le semblant de chien couleur abricot qui agite son arrière-train accroché au bout de la laisse… Alors que celle de Lille Flandres possède un immense bassin avec des grands jets d’eau, elle ouvre sur des magnifiques avenues, larges et belles, pavées, des trottoirs immenses, un style d’architecture vieux dix neuvième. C’est une grande ville qui malgré cela donne une sensation de clarté, pas d’étouffement. Tout n’est pas idyllique. Quelques mètres en sortie de la gare, une nuée de clochards, de SDF, peuple le parvis entre la gare de Lille Flandres et Euralille, bien au chaud, en ce mois de novembre, sur les grilles qui surplombent le métro. Des clochards à tous les coins de rue, encore plus de SDF qu’à Cannes. La misère est moins triste au soleil ?

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Je profite que ma première séance de cours ne soit qu’à 16 heures pour visiter la ville. Aujourd’hui c’est ma découverte du Nouveau monde. Armée de mon appareil photo numérique Nikon Coolpix, 6 millions de pixels, j’immortalise chaque rue dans laquelle je passe pour montrer aux enfants où leur maman va passer les prochains six mois. Il ne pleut plus, le temps est gris et frais… Descente de la rue du Molinel jusqu’au croisement de la rue de Paris, je tourne à gauche, je continue jusqu’au croisement de l’avenue John Fitzgerald Kennedy et je tourne à droite pour traverser le petit square Gentil Muiron et continue la rue Valmy jusqu’au passage piéton de l’avenue de la Liberté, un des grands axes de Lille.

Je traverse pour me retrouver dans la rue Jeanne d’Arc, emprunte la place de la Croix du Temple, je tourne à gauche pour accéder à la rue Auguste Angellier. Le trottoir pavé depuis des siècles brille de l’humidité perpétuelle. Il pleut souvent ici. Tout le monde le sait. Voilà, enfin mon lieu d’études, ce n’est pas un bâtiment ordinaire, il pourrait être classé monument historique avec ses grandes grilles en fer forgé, ses colonnes, ses grands escaliers qui portent la trace patinée du passage des milliers d’étudiants avant moi. Mais je n’emprunterai pas cette entrée, je passerai par la nouvelle entrée du petit bâtiment administratif qui jouxte celui-ci. J’ai mis moins d’un quart d’heure pour faire le chemin. Je peux aller me balader maintenant. La grande place sur laquelle débouche la sortie de Métro République-Beaux-Arts. Je descends visiter la station, elle est vraiment magnifique, digne d’un musée. C’est beau Lille, y compris dans le métro ! Je ressors de l’autre coté et j’admire la place dans son ensemble, le palais des Beaux Arts qui fait face à la Préfecture.

Deux colosses, deux titans qui rivalisent de beauté architecturale essayant de se cacher mutuellement leurs atouts respectifs au travers d’une somptueuse fontaine de plus de dix mètres de diamètres, cernée de petits escaliers circulaires qui mènent vers des petits renfoncements en demi cercles aménagés de bancs en bois
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Je me sens invitée et m’y installe, le temps de fumer une cigarette, oui je sais, vilain défaut. Au moins, je saurai de quoi je meurs si je meurs de ça. Je ne sais déjà par pourquoi nous sommes sur Terre, je ne vais pas vivre en ayant peur de mourir. Je ressens chaque parcelle de cette nouvelle ville car je sais que comme à mon habitude, j’y serai certainement seule. Et oui, la réalité ! Moi, je ne m’ennuie jamais avec moi-même, je regarde les choses qui m’entourent, je respire, je sens, j’écoute et j’observe les gens qui passent.
Alors ce qui est sûr c’est que pour ce premier contact, je n’aurais pas perdu mon temps. J’ai pris le train de nuit hier soir et dès ce soir je reprends un train de nuit pour redescendre dans le Sud ! J’aurais rempli chaque minute de ces 36 heures complètement !

Il faudra quand même que je raconte comment la SNCF et moi allons devenir inséparables !

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